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Des Yacks aux Kiwis
Ile du Sud - Premiere partie
 
De Picton a Abel Tasman (les derniers kilometres de velo)
 
Par une belle journee ensoleilee, la traversee de Wellington a Picton est fort agreable. Le traversier mettra environ trois heures pour arriver dans Marlborough Sounds, qui est assez spectaculaire. Nous appelons pour reserver des kayaks et les sites de camping pour faire un trois jours d'expedition dans Abel Tasman National Park.
 
Il fait beau et chaud quand nous enfourchons nos velos. La route nous donne aussi quelques sueurs. Dans les cotes sinueuses, l'accotement est inexistant et les vehicules, disons... assez presents. A peine quelques kilometres apres notre depart, le velo de Serge a une crevaison.
 
Le soir venu, on s'arrete en bordure d'une baie dans un petit camping accessible seulement a pied (on doit porter les velos.) On y rencontre deux Kiwis fort sympathiques de Christchurch qui nous invitent a deguster des moules qu'ils ont cueillies sur les rochers de la baie. Ils nous parlent de l'Ile du Sud et de toutes les merveilles que nous devons absolument aller voir. Dans notre tete, on voit les kilometres de velos s'accumuler a chaque fois qu'ils nous pointent un endroit sur la carte. Ce soir la, Serge realise qu'un rayon est brise sur son velo. Nous commencons a en avoir un peu ras le bol des mesaventures avec les velos qui ne sont decidement pas fait pour le cyclotourisme et qui ne peuvent supporter le poids de nos bagages.
 
   
Les lamas et les moutons neo-zelandais semblent etre munis de structures plus robustes que nos velos. Une petite tonte peut-etre ?
 
Le lendemain, nous nous rendons au village suivant pour faire changer le rayon brise, mais il n'y a pas de boutique de velos alors on doit poursuivre vers Nelson. Le soleil cognant, nous nous arretons avant a un camping (recommandation de nos deux Kiwis de Christchurch) en bordure d'une belle riviere rafraichissante. Le lendemain, nous poursuivons jusqu'a Nelson ou Serge fait changer son rayon. Nous continuons ensuite notre route vers le Abel Tasman National Park. Serge fait une autre crevaison. Nous ne savons pas exactement a quel jeu ils jouent les Kiwis, mais les bouteilles brisees en bordure de route ne sont pas rares, pour ne pas dire presque la normalite. C'est legerement frustrant !
 
On s'arrete a un camping en bordure de plage ou il doit y avoir pres de 2000 personnes. C'est assez fou, mais nous avons, par chance, un petit coin tranquille. Nous realisons qu'un rayon est brise sur le velo de Marie. Grrr ! Un couple de cyclistes nous offre de nous ramener vers Nelson pour le faire reparer. C'est gentil, mais nous decidons de prendre la chance de le faire changer sur notre chemin. Nous rencontrons aussi un couple sympatique de Christchurch qui nous invite a passer les voir lorsque nous passerons par la. Encore une fois, la gentillesse des Kiwis est exceptionnelle.  
 
On poursuit notre route vers Abel Tasman, mais le coeur n'y est pas. La route est sans interet et les nombreux vehicules passent tellement vite ! A Motueka, Marie fait reparer son rayon et nous commencons a penser serieusement a l'achat d'un vehicule... Une Mazda style "familiale" est annoncee au cafe Internet. On l'apercoit plus tard dans la rue alors nous allons nous enquerir des details. Malheureusement, la voiture n'est pas a vendre avant deux semaines parce que les proprios se sont trouve un boulot et en ont encore besoin ! Bon, on voit d'autres voitures a vendre, trop chers, proprios injoignables. Nous poursuivons notre route vers Abel Tasman pour notre aventure kayak-trek. En route, nous prenons les coordonnees pour l'achat d'une Toyoya Camry "familiale" a vendre.
 
A Marahau, nous nous levons tot pour notre cours de kayak de mer 101. Le temps est nuageux et le vent est assez persistant. Notre instructeur nous informe que la force du vent augmentera en apres-midi et que certains passages seront certes difficiles. La vague sera haute. Nous hesitons jusqu'a la derniere minute de la session d'information. Pres de deux heures plus tard, au moment d'aller a l'eau, nous nous regardons et decidons de remettre cette aventure a plus tard. Les previsions meteos ne sont tellement pas encourageantes. Qui a envi d'aller en mer quand le temps est gris et nuageux, et que des vagues de un a deux metres sont presentes. Pas nous !! 
 
Adoption de Fern, notre nouveau compagnon de voyage
 
On repart sur nos petits velos cheris vers Motueka. En chemin, on appelle pour la Camry. Le vendeur viendra nous la montrer au camping le soir meme. On l'essaie. Tres bien. On fait une offre. Le vendeur semble content. Puis, il nous dit qu'une autre personne doit venir la voir dans la soiree et nous demande de le rappeler vers 19 h pour voir ce qu'il en est. Nous attendons avec impatience que le temps passe. A 19 h 05, Serge appelle. Lorsqu'il raccroche, il dit que nous avons rendez-vous le lendemain a 12 h pour regler le tout. Mais, il a un doute qu'il ne peut expliquer. Peu importe, nous avons une voiture ! Chouette ! Le lendemain matin, une bonne pluie tombe. Alors que nous dejeunons a l'abris, le proprio de camping vient nous voir pour nous dire que le vendeur de la voiture a appele pour dire que l'entente pour l'achat de la voiture ne tient plus. Ha ! Deception ! Decouragement ! Sous la pluie, nous evaluons les possibilites qui s'offrent a nous. Est-ce que l'on retourne a Nelson ? Peut-etre qu'il y aura plus de choix de vehicules usages.
 
On se demande si l'on est pas un peu laches d'abandonner le velo. Puis, on reprend notre raisonnement. D'abord, les routes et les routiers ne sont pas tres "cyclist friendly". Ensuite, on passe beaucoup de temps a velo et nous ne sommes pas certains que ce soit notre priorite. Il y tellement de trucs a voir et a faire en Nouvelle-Zelande que l'on craint de devoir faire trop de concessions pour arriver a en faire quelques-uns. Les activites a faire ici sont beaucoup trop nombreuses et geniales : trek, ascension, escalade, surf, velo de montagne, kayak, canot, peche, plongee, snorkling, rafting, etc. Sans parler de la visite de sites exceptionnels, souvent situes a plusieurs dizaines de kilometres des routes principales. On passe beaucoup plus de temps a se rendre aux sites qu'a en profiter. On se demande vraiment d'ou emerge le mythe que la Nouvelle-Zelande est une belle destination de cyclotourisme; sans doute du meme endroit que le mythe voulant que le tour des Annapurna, au Nepal, soit le plus beau sentier de trekking au monde ... Le moindre detour est un "pensez-y bien". Finalement, on est vraiment pas certains qu'on aime le cyclotourisme au point de faire pratiquement que ca pendant trois mois. D'ailleurs, la plupart des cyclistes rencontres peuvent se classer en trois grandes categories : les mordus (les vraies qui ne jurent que par le velo), les "un peu decus du velo en Nouvelle-Zelande" et les "on pedale, mais on fait pas le dizieme de ce qu'il y a a faire ici". On ne vient pas souvent dans le coin alors...
 
Convaincus de notre decision, nous retournons au centre-ville de Motueka sous la pluie pour acheter le journal local et aller sur Internet. En route, on apercoit une nouveau vehicule a vendre, une minivan Toyota dans laquelle il y a un lit et du rangement. On appelle et apres quelques tentatives, on rejoint le gars qui nous donne rendez-vous a la mini van. Serge l'essaie. Elle va bien. Le prix nous convient. Le gars est bizarre. Un jeune boheme qui ne respire pas la fiabilite (ni la bonne odeur). Ne sachant donc pas trop si l'on fait une bonne affaire ou non, nous faisons l'acquisition dans l'heure qui suit d'une Toyota Townace Super Extra 1987 de couleur argent. Nous le baptisons Fern !
 
Meet Fern ! 
 
Heureux de notre nouvelle acquisition, nous retournons au camping ou nous tachons de le mettre a notre main. On le lave, on y retire un meuble inutile et on y range nos velos ! Yeah ! Apres tout, si a Rome on fait comme les Romains, en Nouvelle-Zelande, on fait comme les Kiwis et on voyage en minivan. Nous achetons donc des chaises, une table pliante et une glaciere pour completer notre super equipement de vacanciers.
 
Le beau temps etant de retour pour quelques jours nous repartons en direction d'Abel Tasman. Nous arretons en chemin (nous avons le temps maintenant!) sur le bord d'une plage pour essayer d'effacer notre bronzage de cycliste et de nous approprier notre nouveau protege. C'est la joie ! Nous avons des chaises ! Serge fait meme la sieste dans Fern pendant que Marie lit sur la plage. Wow ! Les vacances commencent enfin !
 
Abel Tasman National Park  
 
Le lendemain, nous partons pour notre aventure kayak-trek-camping ! Le temps est splendide. Nous allons visiter une colonie de phoques. Il y a en a des tout jeunes. Le premier jours on doit s'arreter avant de rejoindre le camping ou nous devions aller puisque les vagues sont trop fortes pour que l'on traverse ce qu'ils appellent le "mad mile". Nous ne sommes pas trop mal. La plage est tres belle.
 
 
  
Marie face au "Split Rock", Abel Tasman National Park.                           Pas si mal comme environnement kayak.
 
  
Des plages a nous seuls ...                                                                  Enfin presque, a part pour un cormoran qui se prend pour Batman. 
 
Alors que la maree descent, les rochers devoilent des centaines de moules. Nous allons en cueillir et nous les faisons cuire a la vapeur de l'eau salee. C'est genial ! Et tres bon. Il faut toutefois prendre soins de bien enlever le petit crabe qui se cache dans chacune d'elles. " Il me semblait qu'elles etaient un peu croquantes. " dira Serge quand Marie-Eve le lui fera remarquer. Nous apprendrons plus tard que les moules ne mangent pas de minis crabes contrairement a ce que nous pensions a ce moment. Ce sont les bebes crabes qui se cachent dans les moules. Ha ha ! Une relation symbiotique entre les moules et les crabes. Nous poursuivons notre route en kayak le lendemain. Nous allons visiter une autre colonie de phoques et nous arretons sur une plage deserte (ou presque) pour la nuit.
 
   
Cueillette des fameuses moules neo-zelandaises.                                  On parle ici de moules a volonte.
 
  
Colonie de phoques (Pinnacle Island).                                                  Paradisiaque site de camping a Tonga Quarry.
 
Le lendemain, nous partons a pied pour completer la troisieme journee sur terre. Nous devons partir tres tot puisque l'on doit traverser une baie a maree basse. Un bateau taxi nous ramene ensuite a Marahau ou nous sommes heureux de retrouver Fern.
 
A l'arrivee de la maree haute, la mer se chargera d'effacer les traces de notre passage.  
 
Cape Farewell et Farewell Spit
 
Nous repartons vers le nord pour aller voir Farewell Spit (une autre recommandation des Kiwis que nous n'aurions pas vue en velos faute de temps). Nous dormons dans Fern dans le stationnement de la reserve naturelle de Farewell Spit. A notre reveil, il pleut et le temps est brumeux. Pas de panique, nous avons Fern ! Nous dejeunons tranquilles dans la voiture. Puis on se prelasse toute la matinee dans la voiture en attendant que le beau temps chasse les nuages. Enfin, nous avons le temps de lire ! Vers midi, le temps est plus clair et nous allons marcher sur cette interminable et magnifique pointe de sable. La baie contenue dans cette pointe constitue un des sanctuaire d'oiseaux les plus reconnus au monde. Lors de notre passage, il y a des centaines de cygnes noirs.
 
  
Paysages surrealistes de Farewell Spit. 
 
  
Sanctuaire d'oiseaux marins a Farewell Spit, tres connus des ornithologues a travers le monde.
 
Nous allons ensuite voir la plage de Wharariki qui est tres spectaculaire malgre le temps couvert. D'ailleurs, lorsque nous reprenons la direction nord, nous observons clairement le phenomene des nuages qui proviennent de l'ouest qui s'accrochent aux montagnes alors il pleut dans les montagnes a notre droite et il fait un soleil radieux sur la cote a notre gauche. D'ailleurs, il fait super chaud.
 
  
Campagne neo-zelandaise de Cape Farewell.                                        Spectaculaires formations rocheuses a Cape Farewell.  
 
De Tanaka, on est bien positionne pour observer le phenomene de formation des nuages et de precipitations importantes sur la cote ouest des Alpes.
 
On s'arrete a un petit camping gratuit sur le bord d'une riviere. Comme au temps des hippies, free camping ! On y rencontre d'ailleurs quelques tres sympathiques hippies, la region etant reputee comme un endroit de rencontre sur le theme des annees 60-70. On commence a y prendre gout. D'autant plus qu'avec cette formule, on va rentabiliser notre investissement plus vite que l'on pense ! Pour se laver par contre, ce n'est pas toujours evident, mais on vous passe les details. Il y a des rivieres et nous avons invente un systeme de douche tiede avec nos sacs d'hydratation. Pas mal ! 
 
Nelson Lakes National Park
 
Nous poursuivons notre route a la vitesse grand "V" jusqu'a Nelson Lakes National Park. Si nous avions fait connaissance avec les redoutables "sand flies" (feroces mouches noires) a Abel Tasman National Park, cette fois, nous sommes litteralement envahis. Ce n'est plus de la creme hydratante que l'on met a notre reveil, mais du Watkins. Il nous arrive aussi d'oublier que le port du bas de laine dans la sandale avec le pantalon bien insere dans le bas de laine n'est pas necessairement elegant. Pour eviter la demence et les sessions intenses de grattage nocturne, on est prets a tout. Serge profite des lacs et des rivieres du parcs pour aller taquiner les poissons du bout de sa canne.
 
  
Lac Rotoiti, Nelson Lakes National Park.                                                Il y a au moins un poisson dans l'eau ...  
 
Nous allons faire la St-Arnaud Range trail. La vue de la-haut est au-dela de nos attentes. Le lac Rotoiti brille tout en bas et il y a des sommets a perte de vue. Nous ne rencontrerons personnes au cours des cinq heures de marche.
 
   
Moment de serenite sur le sentier de St-Arnaud range.
 
Nous poursuivons notre route vers la fameuse cote Ouest. Serge est ravi. Il essaie enfin son "body surf". Avec un succes mitige, il reussira a faire du "Under water for a long time body surf". Il en ressortira un peu ebranle, mais tres heureux.
 
  
Heeeeee haaaaaaaaaw !                                                                    Oh shit !
 
  
Sauve qui peut !                                                                                Wicked !    
 
Nous nous arretons a une magnifique halte en bordure d'ocean, au sein du parc national de Paparoa. Nous sommes seuls dans ce petit coin de paradis. Merveilleux !
 
   
Magnifique plage et sa mer completement dechainee.                            Serge fait la vaiselle, avec le sourire, bien-sur.
 
Nous traversons un autre parc national ou l'on y retrouve des formations rocheuses particulieres, appeles "pancakes rock". Puisque le temps est gris mais qu'on annonce du super beau temps pour les prochains jours, nous decidons de descendre vers la region des glaciers.
 
  
Pancakes rock.
 
En route, nous nous achetons une radio, question de mettre de l'ambiance dans Fern. Mais la cote ouest n'est pas tres populeuse, alors les postes de radio sont rares et nous n'avons pas encore trouve de magasin qui vendait autre chose que du country ! On a encore un peu de travail a faire cote ambiance musicale.
 
Le glacier Franz Josef
 
A Franz Josef Glacier, nous partons a l'assaut du glacier. Le chemin a beau comprendre des cordes fixes et des escaliers coupees dans la glace par les guides des groupes, la progression n'est pas necessairement facile. Nous demeurons donc prudents, d'autant plus que nous n'avons pas de crampons. C'est vraiment impressionnant de marcher dans cet univers de glace. Plus on monte, plus les crevasses se revelent, plus le paysage est surprenant et est interessant. C'est a contrecoeur que nous rebroussons chemin pour des raisons de securite.
 
  
Les tres spectaculaire Franz Josef ...                                                    Et les nombreux dangers qu'il presente.   
 
  
La sagesse nous dicte d'aller jusque la ou notre experience, nos connaissances et notre equipement nous le permettent.
 
Nous allons dormir pres de Fox Glacier dans un champs ou nous avons une vue superbe notamment sur les monts Tasman, La Perousse et Cook (le plus haut sommet d'Oceanie).
 
  
Mont La Perousse.                                                                              Reflet des monts Tasman et Cook. 
 
Le glacier Fox et le Trek du Mont Fox
 
Le lendemain, nous decidons de monter le mont Fox dont le sommet procure des vues sur les glaciers dont le glacier Fox, mais aussi sur les hautes alpes neozelandaises. Comme de vrais debutants, nous commencons a monter vers 10 h. On a beau etre de bons marcheurs, c'est un peu tard pour arriver aux points de vus avant les nuages. Surtout qu'ils se pointent vers 11 h dans le coin. C'etait aussi sans compter les conditions du sentier. Quel sentier ? Il faut ramper sous les troncs d'arbres, grimper des echelles de racines, se frayer un chemin a travers les fougeres. La foret, ou la jungle, est si dense que nous avons de la difficulte a trouver notre chemin a quelques reprises. Nous avons aussi la certitude que la montee en "z" n'a pas ete inventee au mont Fox. Le plus court chemin (mais non le moins abrupte), c'est la ligne droite. Apres cette rude montee qui dure environ deux heures, nos craintes se confirment. Les nuages masquent pratiquement tout. Nous continuons tout de meme a marcher sur la crete. La pause lunch s'etire. Nous esperons que les nuages nous laissent entrevoir quelques sommets. Decus, nous repartons dans le sens inverse. Apres quelques pas, on croit que les nuages se dispersent tranquillement, alors on decide d'attendre une petite heure de plus. Qui sait ! De toute facon, nous ne sommes pas presses de redescendre. Notre patience sera recompensee. Un a un, presque pudiquement, les sommets se revelent a nous derriere les nuagues. Victoire. Apres de nombreux cliches, nous redescendons combles dans la jungle inhospitaliere.
 
  
Le plus haut sommet en Nouvelle-Zelande, le Mont Cook (3 808 m).     Photo de famille : Tasmie, Marie et Cookie. 
 
Apres ce difficile mais beau trek, c'est le temps de quitter la region pour se diriger vers le sud, soit vers le Mont Aspiring, Queenstown et eventuellement, le Fjordland. En route, on y voit des oiseaux communs ici, mais tres exotiques pour nous.         
 
  
Le Weka et...                                                                                    Le Pukeko, frequemment croises sur la route.
 
Parc national du Mont Aspiring
 
Nous reprenons notre route sur la cote en direction sud. Nous depassons un couple de cyclistes canadiens que nous avions rencontre au debut de notre voyage de velo. Ils ont commence leur voyage a peu pres en meme temps que nous. Nous nous arretons pour voir comment ils se portent. Nous admirons leur courage, mais nous ne changerions pas de place avec eux. Oh non ! D'ailleurs, la dame semble en avoir plus qu'assez. A Haast, nous quittons la cote et bifurquons vers Aspiring National Park. La route longe le lac de Wanaka et le lac de Hawea. Les couleurs des montagnes et des lacs sont magifiques.
 
A Wanaka, nous decidons d'aller camper pres du lac a l'exterieur de la ville. Nous empruntons la petite route qui mene qui remonte une vallee jusqu'au stationnement des sentiers de randonnee d'Aspiring National Park. En chemin, nous decidons d'aller jusqu'au bout et d'aller faire une rando le lendemain. Pour se rendre, nous devons traverser quelques "fords", soit des ruisseaux qui passent sur la route dans un creux, sans presence de pont. Nous devons donc franchir ces ruisseau en voiture, un detail... pour l'instant... 
 
Au stationnement, nous nous installons en bordure de la riviere. C'est super beau. Des vaches paissent de part et d'autres de la riviere dans la vallee. Les montagnes qui nous entourent sont abruptes et assez dramatiques. Nous sommes heureux de notre petit camping du bout du monde.
 
  
Preparation du "Bike and Hike" qui nous menera a la Liverpool Hut.
 
Le lendemain, nous partons a 6 h 30 a velo.  Le trek que l'on veut faire est de 30 kilometres aller-retour. Heureusement, nous pouvons faire les 10 premiers (et les 10 derniers) kilometres en velo. De plus, le sentier n'est pas trop mal, il suit la riviere vers le fond de la vallee. Mais ce n'est pas si facile pour autant et plusieurs passages exigent que nous descendions de nos velos.
 
Pas tout le temps facile, le velo de montagne.
 
Si nos montures ne sont pas adequates pour le cyclotourisme, ce ne sont pas non plus des velos de montagne, alors on fait ce que l'on peut. Si on veut les vendre, il faut en prendre soin. En route, on a droit a une prestation de deux keas, des oiseaux de la famille des perroquets. Ces derniers sont tres droles et loin d'etre craintifs. Ils viennent a notre rencontre. Ils se taquinent et se chamaillent sous nos yeux. Ils sont tordants.
 
Un trop tordant et moqueur Kea. 
 
Apres le refuge Aspiring, nous parcourons un autre 4 km a pied dans la vallee avant de monter environ 700 m sur 1 km. La tendance de la montee se confirme. Celle-ci est d'autant plus difficile que la pierre est instable est glissante. La descente sera plus longue que la montee ! Ca donne une bonne idee de la pente et des conditions de sentier.
 
Vue de la vallee, de Liverpool Hut.
 
Au pied de la montee, un panneau avise les randonneurs que cette partie peu s'averer dangeureuse par temps de pluie. Dangereuse ! Nous n'avons pas de difficulte a le croire. Malheureusement, les nuages arrivent un peu avant nous sur les sommets et nous ne verrons pas le mont Aspiring longtemps...
 
  
Phenomene de condensation au sommet du mont Rob Roy.                    Quelques kilos en moins et la couette un peu longue. 
 
Apres le diner, nous redescendons lentement, tres lentement. C'est un veritable exercice de concentration pour ne pas glisser. La marche de retour nous endors et nous sommes heureux d'avoir nos velos pour les 10 derniers kilometres. On sauve au moins trois heures. Sur le chemin du retour, on apercoit un glacier qui semble assez spectaculaire, le Rob Roy Glacier. Un sentier permet de s'y rendre en trois heures 30 minutes. Nous decidons donc de camper a nouveau au stationnement pour aller faire cette randonnee le lendemain. Le ciel s'est ennuage dans l'apres-midi tel qu'annonce, mais des eclaircies nous permettent d'esperer du beau temps pour la matinee.
 
Malheureusement, la pluie qui commence a tomber pendant la nuit ne montre aucun signe de fatigue a notre reveil vers 6 h. Le plafond nuageux est tres bas et on ne voit meme plus les vaches tellement la visibilite est nulle. La riviere est gonflee. De chaque cote de la vallee, plusieurs chutes se sont formees. Nous decidons donc de repartir vers Wanaka, non sans soudainement se rappeler de la presence des fameux "fords".
 
  
Moment de febrilite, autant pour Serge que pour Fern.
 
Au premier ford, nous sommes impressionnes par la quantite d'eau et le courant du ruisseau. En fait, le ruisseau ressemble davantage a un torrent. Inquiets quant a la profondeur et sans savoir si Fern va passer, nous decidons de le traverser. On reussit. Le deuxieme ford semble encore plus creux et le courant encore plus fort. Nous pensons aux autres fords qui nous attendent sur la route et nous nous rappelons que certains etaient particulierement profonds lors de notre passage. Dans quel etat sont-ils maintenant ? On hesite a poursuivre. Si on reste pris dans un torrent et que l'eau continue de monter, on risque de tout perdre incluant Fern. Hum ! Si on retourne au stationnement en attendant que ca se calme, on pourrait y attendre longtemps. Il y a deux jours, les previsions meteos annoncaient cette pluie pour trois jours. Nous decidons de retourner au stationnement. Au moins, il y a des toilettes, de l'eau et un abris. De plus, nous devrions avoir assez de nourriture pour quelques jours et nous avons de bons livres. Nous dejeunons sous l'abris en regardant les nuages se deverser et la riviere se gonfler. Serge va placer des cailloux pres du premier ruisseau pour pouvoir mesurer son evolution. Vers 10 h, la gardienne du refuge Aspiring et des guides arrivent de la montagne. Une navette est supposee venir les chercher a 10 h 30. La gardienne du refuge nous dit que la pluie devrait se calmer dans l'apres-midi et qu'on annonce du beau temps pour le lendemain. Bonne nouvelle, on pourra peut-etre repartir en fin de journee ou demain si les ruisseaux redescendent.
 
Quand la navette arrive, Serge va demander l'avis du chauffeur sur l'etat de la route et des fords a traverser. Ce dernier lui dit que ca passe encore et que nous devrions le suivre avant que la situation empire. Les guides et lui sont d'avis que la pluie n'est pas prete de cesser et qu'il est preferable de sortir de la en le suivant plutot que de s'engager seul et de risquer de rester pris. Nous ne sommes vraiment pas convaincus. Le chauffeur insiste sur le fait que ce sera securitaire puisque lui et ses passagers pourront nous aider advenant un pepin. Il nous suffit de passer au meme endroit que lui, de mettre la voiture en premiere vitesse et de ne pas s'arreter. Ah oui, et de ne pas attacher sa ceinture de securite. Au cas ou... Au cas ou quoi ? Ok, il faut que la navette parte. Qu'est-ce qu'on fait ? Si le chauffeur, qui a 20 ans d'experience sur cette route nous dit que nous pouvons passer avec Fern, il doit savoir de quoi il parle. Non ? Allons-y !
 
Au premier ford, l'eau est beaucoup plus haute que ce matin. Notre coeur bat la chamade, nous sommes hypers tendus. Nous suivons la navette a la trace et traversons. On s'echange des regards incredules et inquiets. Dans quelle aventure nous sommes-nous embarques. On a de la difficulte a y croire. On continue prudemment. Deuxieme ford, celui qui nous avait fait rebrousser chemin. On prend une grande respiration. Nous sommes crispes comme jamais. On reussit a le passer.Ouf ! Pas si mal. Lentement, mais surement, nous traversons quatre autres fords, en se sentant deportes par le fort courant a chaque fois. Nous recommencons a respirer plus normalement. Nous sommes fiers de notre Fern ! On se demande s'il en reste encore a traverser.
 
Coeurs sensibles, fermez vos yeux, l'histoire fini mal...
 
Nous roulons lentement sous la pluie torrentielle. Marie filme les chutes, la route, le chauffeur de Fern qui reprend son souffle. Et non, ce n'etait pas le dernier ford. On s'y engage a la suite de la navette. Au trois quart de la traversee, Fern etouffe et s'arrete. Et ne repart pas. Merde !* (*Les veritables mots qui traversent notre esprit a ce moment sont censures pour ne pas choquer l'esprit de nos lecteurs adores.) La voiture est immergee jusqu'a la moitiee des portes. Nous sommes pris. Les passagers et le chauffeur de la navette sortent et evaluent comment il vont nous sortir de la. Ils prennent une corde et essaie de trouver un ancrage au devant de la voiture pour nous tirer. Dans le courant, il n'arrive pas a trouver. Ils decident de repasser le ford pour nous tirer par derriere. Pendant ce temps, l'eau commence a entrer dans la voiture. Serge, qui est du cote amont, a les pieds dans l'eau. La marche de la porte coulissante est aussi innondee. Nous nous sentons impuissants et ne savons pas trop ce que nous pouvons faire pour minimiser les degats. On s'assure qu'il n'y a rien de valeur au sol. On ouvre les fenetres. On ne sait jamais, s'il faut sortir rapidement. Ils reussisent a nous sortir du torrent en tirant par l'arriere de Fern. Ouf ! Nous sortons de la minivan. Elle ne part plus. Ils trouvent l'ancrage de devant et decident de nous faire retraverser le torrent en nous tirant. Serge les aide en poussant et Marie dirige Fern dans les traces de la navette. On reussit a passer de l'autre cote. Fern degoute de partout, mais ne repart toujours pas. Il fait meme un son plutot inquietant lorsque Serge essait de le repartir une derniere fois. Le moteur est probablement finit. On ramasse donc rapidement nos affaires les plus importantes et embarquons dans la camionnette. On laisse Fern en bordure de route, seul, humide et malade.
 
C'etait le dernier ford. Tout le monde est trempes jusqu'aux os. Tout au long de l'interminable trajet jusqu'a Wanaka, il regne un silence de mort dans la camionnette. Nous repassons la sequence des evenements des dernieres minutes dans nos tetes. Malheureusement, nous ne nous reveillons pas. Nous avons peine a croire ce qui vient d'arriver. Tout cela est bien reel. Qu'est-ce qui nous a pris d'ecouter ces gens. Pourquoi les avons-nous suivis. Nous le savions ! Nous le savions ! Nous etions en securite la-bas ! Rien ne pressait. Nous prions : cr...de tab... de saint-sac...!
 
Le chauffeur de la navette, Jock, qui doit se sentir mal un tantinet (en tout cas on espere!), nous offre de nous loger chez lui. Il habite un genre de gite a la ferme ou il loue des chambre. Demunis, transis et depasses par les evenements, nous acceptons. Nous prenons une douche chaude et acceptons les oeufs-bacon qu'il nous offre. Jock doit retourner travailler, mais il nous propose de s'informer pour la location d'une remorque qui nous permettrait d'aller chercher Fern en fin de journee pour le ramener a Wanaka. A son retour, il en a trouve une alors lui et Serge partent chercher Fern.
 
Nous avons rendez-vous le lendemain au garage a 8 h pour le diagnostic $$$. Nous dormons la-dessus, anxieux de savoir combien notre mesaventure va nous couter.
 
Le lendemain au garage, nous attendons que le mecanicien viennent voir Fern. Pendant ce temps, Serge fait secher le filtre a air et essait de le repartir. Bonne nouvelle : le moteur semble fonctionner. Mais il ne part toujours pas. On attend... Assis sur nos chaises de camping, cafe a la main, on a l'impression de veiller un etre cher. Serge doit se retenir pour ne pas essayer de le repartir chaque cinq minutes. Finalement, au bout de plus d'une heure, le mecanicien n'etant toujours pas la, Serge essait a nouveau de reanimer Fern. Le moteur gronde et finit par repartir ! C'est la fete. Le tuyau d'echappement crache de l'eau puis de la vapeur pendant de longues minutes. Fern is back to life ! Le soulagement est immense. Nos prieres ont ete entendues !
 
C'est donc en nous remettant de nos emotions que nous prenons quelques heures pour vous relater nos aventures des dernieres semaines. A suivre...
 
 
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Comme vous le savez probablement, Sir Edmund Hillary, qui fut le premier a atteindre le sommet de l'Everest en 1953 en compagnie de Sherpa Tenzing (Tenzing Norgay), est decede le 11 janvier dernier. Neo-Zelandais ne a Auckland, il fit de grandes choses pour le peuple nepalais, le peuple neo-zelandais et inspira enormement de gens sur toute la planete.
 
Des Yacks aux Kiwis, il continuera de nous inspirer en toute circonstance en matiere de determination, d'humilite, de generosite et de compassion. 
 
 
" Be determined, aim high "
  
" People do not decide to become extraordinary. They decide to accomplish extraordinary things "
  
                                                                                                                                                                       
 
Sir Edmund Hillary, 1919-2008
 
 
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